Que peuvent bien avoir en commun les amish, le quartier de Harlem à New York et l’Indonésie ?
Selon le film Unexpected Peace, un trait surprenant : des communautés chrétiennes et musulmanes déterminées à trouver des solutions pacifiques face à la violence et à la tragédie.
Trois événements violents servent de toile de fond au film : un massacre dans une école amish, une série d'assassinats de chauffeurs de taxi musulmans mourides (un groupe soufi du Sénégal) à New York et une guerre entre milices musulmanes et chrétiennes à Solo, en Indonésie.
Face à ces événements, les amish, les mourides et les Indonésiens présentés dans le film choisissent la voie du pardon, de la réconciliation et de la guérison. Dans un monde où la justice est souvent perçue comme une vengeance, où la sécurité repose sur les armes, leurs réactions sont bouleversantes. Le pardon d'abord, sans conditions préalables : est-ce superficiel ? Hâtif ? Malavisé ?
Unexpected Peace n'apporte pas de réponses. Il incite plutôt le spectateur à se poser d'autres questions. Existe-t-il des alternatives à la violence que nous négligeons souvent ?
Le film réussit surtout à saisir la dimension humaine des conflits : des familles endeuillées par la perte de leurs enfants ; un chef de milice du Hezbollah responsable de violences contre les chrétiens, s'effondrant en larmes en évoquant la mort de sa mère lorsqu'il était enfant. La quête du film pour une expérience brute et authentique des conflits est si pleinement réussie que le spectateur est absorbé par la question centrale : que nous manque-t-il dans notre réponse aux conflits ?
Les conflits et la foi
J'ai eu le privilège d'assister à des projections du film en compagnie du producteur, Jonathan Bornman, dans quatre pays différents, dont des pays africains. L'accueil a toujours été attentif et enthousiaste, mais différent selon les lieux. La question la plus marquante a été posée par un étudiant lors d'une projection dans une université américaine : « Pourquoi, a-t-il demandé, avez-vous mis l'accent sur la théologie dans vos entretiens ? »
Bornman, anthropologue social de formation, a donné une réponse surprenante. Dans tous les cas – avec les amish, les musulmans soufis sénégalais, les mennonites indonésiens –, ce sont les personnes interviewées qui ont évoqué leur foi, et non lui en tant que réalisateur. Chose peut-être surprenante pour les Occidentaux, dans une grande partie du monde, les conflits violents et la foi sont indissociables ; ce qui signifie que les solutions de paix ne peuvent être dissociées des convictions religieuses profondes des personnes impliquées.
Quel usage du film ?
La meilleure façon de visionner Unexpected Peace est en groupe, suivie d'une discussion. L'animateur de cette discussion n'aura pas à forcer les réactions ; le film aborde nos questions les plus profondes sur la vie en commun, sur le partage de l'espace dans la société, sur ce qu'il faut faire face à la colère, à l'injustice et à la tragédie. Le documentaire Unexpected Peace convient à un usage à la maison, à l’église ou dans une salle de classe.
Peter M. Sensenig œuvre depuis 2015 avec Eastern Mennonite Missions et Mennonite Mission Network à la consolidation de la paix interreligieuse au Tchad, en Tanzanie et en France. Il est l’auteur de Good Guestwork: Christians and Muslims as Guests and Hosts (Santos, 2025). Il est marié, et père de trois enfants. Actuellement basé à Montbéliard, il enseignera au Bienenberg les 15-16 janvier 2027 sur « Être en contact avec les musulmans ».
Pour voir le film
Il est disponible sur la plateforme Kinema (https://kinema.com/films/unexpected-peace-pmfm?watch), avec des sous-titres en français. Producteurs : Jonathan Bornman, Ehab Assal ; directeur : D. Michael Hostetler, 2024, durée : 95 minutes. Voir aussi https://unexpectedpeace.com
