Ma découverte de l'anabaptisme

Jeanne-Lise Bohnert, une étudiante de la Formation Biblique pour le Service en Église partage sa découverte de la compréhension anabaptiste de la foi chrétienne.

Pendant longtemps, le mot « anabaptiste » ne m’évoquait pas grand-chose. N’étant pas originaire d’Alsace, mes rares rencontres avec des mennonites, qu’ils viennent d’Allemagne ou de colonies du Paraguay, restaient ponctuelles et plutôt énigmatiques. J’y percevais surtout une certaine réserve, que j’associais, sans doute un peu hâtivement, à du conservatisme.

C’est finalement en intégrant la formation FBSE proposée par le Bienenberg que j’ai commencé à découvrir un univers théologique et spirituel bien plus riche et nuancé. Et comme souvent lorsque l’on s’immerge dans une autre culture, cette découverte a agi comme un miroir. En apprenant à connaître la théologie anabaptiste, j’ai aussi appris à mieux voir la mienne. J’ai pris conscience de mes propres « lunettes », de mes réflexes hérités d’un arrière-plan issu des Églises de Réveil du XIXe siècle. Certaines évidences ne l’étaient plus tant que ça – notamment en matière d’eschatologie, sujet où quelques certitudes personnelles ont pris un sérieux coup de frais.

Le SEIGNEUR te fait savoir ce qui est bien. Voici ce qu’il demande à tout être humain : faire ce qui est juste, aimer agir avec bonté et marcher avec son Dieu dans la simplicité.

Ce verset 8 de Michée 6 m’est revenu régulièrement à l’esprit au fil de la formation. Il me semble résumer assez bien plusieurs accents anabaptistes découverts en chemin.

Faire ce qui est juste

L’un des aspects marquants de la théologie anabaptiste est l’attention portée aux conséquences concrètes de la foi. Les questions éthiques ne sont pas périphériques : elles sont centrales. Les choix de vie, les engagements, les prises de position s’inscrivent dans une recherche de cohérence entre ce qui est cru et ce qui est vécu. Cela donne à la foi une densité très tangible.

Aimer agir avec bonté

La foi ne se vit pas seulement à l’échelle individuelle. Dans la tradition anabaptiste, elle prend corps dans une communauté, comme une réponse collective, un peuple en marche. Cette dimension vient questionner une tendance actuelle à réduire la foi à « MON Dieu », « MA vie », « MON ressenti ». Ici, l’accent est mis sur le vivre-ensemble, avec tout ce que cela implique de responsabilités, d’ajustements et d’attention aux autres. Une bonté qui ne reste pas une intention, mais qui se construit concrètement, les uns avec les autres.

Rechercher la paix[1]

Difficile de passer à côté : la question de la non-violence et des conflits est particulièrement développée. Elle pourrait même, vue de l’extérieur, devenir un léger cliché – comme si les anabaptistes avaient fait de la paix leur spécialité officielle. Et pourtant, derrière cette insistance, il y a une réflexion exigeante, qui pousse à envisager autrement des situations complexes et très concrètes.

Marcher avec son Dieu dans la simplicité

Il y a dans la spiritualité anabaptiste une forme de retour à l’essentiel. Marcher avec Dieu, simplement, sans chercher à compliquer ce qui peut rester accessible. Il se dégage une sobriété et une humilité dans les propos comme dans la manière de vivre la foi. La place est faite à l’essentiel. Cette posture se traduit aussi dans le dialogue avec d’autres courants chrétiens : une capacité à entrer en dialogue, à reconnaître ses limites, et à ne pas imposer sa propre lecture. Une manière simple de marcher avec Dieu, qui laisse aussi de la place aux autres.

 

Je ne prétends pas rendre compte de toute la richesse de cette tradition en quelques lignes. Mais en la découvrant, j’ai réalisé que, loin d’être une curiosité historique, cette théologie avait quelque chose de profondément actuel à dire et à vivre, et surtout qu'elle m'invitait à regarder autrement ce qui me semblait déjà familier. Et c’est peut-être là que réside, pour moi, l’apport le plus précieux.


[1] Je me suis permise un petit ajout au texte de Michée 6, au risque de tomber dans le cliché :)